DMV #13 : Ecrire de la fiction avec (un peu de) marine à voile

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Cet été, j’ai eu la chance de visiter l’Hermione, cette frégate du XVIIIème basée à Rochefort, reconstruite il y a quelques années et qui navigue de temps à autre (son dernier voyage l’a emmenée sur le pourtour méditerranéen).
J’aime beaucoup l’esthétique de ses bateaux à voiles et les récits qui en font des protagonistes à part entière me fascinent. Il m’est arrivé d’ailleurs d’en glisser dans certains de mes écrits. Comme tout sujet un peu pointu, la marine (et la marine à voile) demande à ce qu’on se documente un minimum histoire de ne pas commettre d’impairs au niveau technique (navigation, manœuvres) et lexical (la marine compte pas mal de « mots interdits » à bord, tels que « cordes » – on parle de cordage ou de bouts -, ou bien « lapins » – ça bouffe les cordages, ces bêtes là !! on préfère les appeler « pollop »).

Si en plus vous voulez mettre en scène un de ces bateaux anciens et recréer une ambiance crédible concernant les conditions de vie à bord, internet peut vous aider ! J’ai rassemblé ici une liste (non exhaustive) de sources qui pourraient intéresser tous ceux qui comme moi voudraient glisser un peu de marine à voiles dans leurs histoires alors qu’ils n’y connaissent rien 🙂

PS : Si vous avez d’autres liens ou même des livres/films sur le sujet, je suis preneuse de vos références !

Vidéos

Je commence par les vidéos, parce que j’en ai assez peu trouvé qui soit à la fois didactiques et utiles pour des novices.

Cette première vidéo très scolaire reprend les différents types de gréement (le gréement c’est tout ce qui permet de manœuvrer sur un bateau à voiles : les cordages, la mâture, les voiles…) et nomme les bateaux par rapport à cela.

Ce numéro de C’est pas sorcier nous emmène sur le Belem (un trois-mâts à la coque en métal qui sert de bateau-école) et nous explique les principes de la navigation à voiles, c’est à dire en utilisant le vent. Quelques manœuvres à bord sont montrées.

Blogs et sites d’intérêt

La documentaliste en devenir que j’étais il y a 12 ans aurait sans doute bondi en lisant la suite de cette phrase : votre première ressource utile sera Wikipédia. L’encyclopédie collaborative s’est beaucoup étoffée au fil des ans, son contenu est bien mieux sourcé qu’avant, ce qui en fait une source incontournable. Je vous mets en exemple la page sur les superstitions des marins, mais vous trouverez bien sûr énormément d’autres éléments techniques et lexicaux sur la marine à voiles.

Le site du Musée national de la marine propose plein de documents utiles (pages interactives, vidéos) et pédagogiques autour de la marine à voiles. Pour exemple, ce site dédié à la vie à bord d’un 74 canons.

Architecture navale ancienne est, comme son nom l’indique, un site consacré à l’architecture navale des XVIIIème et XIXème siècles.

Trois-ponts est un blog (j’ai l’impression qu’il n’est plus trop alimenté, mais les documents sont toujours là) qui est dédié à la marine de guerre française, autant récente qu’ancienne. Il est possible de filtrer le contenu pour visualiser les billets qui ne concernent que la marine à voile.

La pistole est un site qui aborde l’ensemble des pistolets anciens français et réglementaires. Vous allez me dire qu’on s’éloigne un peu de la marine, ici. Pas tant que ça, si vous êtes intéressés par savoir avec quelles armes on se battait quand on se trouvait sur l’eau (à ce propos, j’ai appris au détour d’une animation des Imaginales que, si les matelots de l’époque portaient des vêtements larges, c’était pour éviter que les éclats de bois, liés aux tirs de canons ou de pistolets, ne viennent les blesser). Sur la pistole, vous trouverez donc une rubrique entière consacrée à l’armement des marins, photos à l’appui.

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Wrecksite est un site qui vous permet de rechercher des informations sur les épaves de bateaux. Si vous recherchez un bateau précis, vous obtiendrez alors ici une fiche succincte avec ses caractéristiques techniques, des informations sur sa « vie » et sa « mort ». Voici un exemple pour la Concorde, une frégate perdue en 1756.

Les épaves corsaires de la Natière est un site consacré aux découvertes archéologiques réalisées dans la baie de Saint-Malo, sur deux épaves de frégates corsaires. Illustrées par des photos de matériel archéologique, les pages du site abordent la construction navale, la vie à bord, les échanges et la navigation…

Pour tout savoir sur les frégates, leurs origines, les différents types d’armements, les récits (comme celui de la bataille de Trafalgar ou l’histoire de La Pérouse), vous avez aussi le site Histoire de frégates.

Si vous n’avez pas la possibilité de vous déplacer pour visiter l’Hermione, ce blog vous permet de la découvrir en photos. Ce que j’apprécie tout particulièrement dans ce site, ce sont les schémas « en écorché » qui permettent de voir les différents ponts du bateau.

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Enfin, Pirates-Corsaires est un site un peu vieillot dans sa présentation, mais qui est une petite mine d’or concernant les pirates et corsaires de l’histoire, la vie à bord des bateaux à voiles… Certes, le forum est moribond, mais les ressources sont toujours là ! Mention spéciale à la foire aux questions (plus de 300 questions à l’intérieur, posées par des internautes), où l’on apprend beaucoup.

Glossaires

Vous l’aurez compris, le vocabulaire de la marine est riche et plein de petites particularités. Si vous voulez écrire dessus, vous ne pourrez pas franchement y couper, il va falloir parler matelot ! Lire des récits (de fiction ou non) pour découvrir ces mots en situation est encore mieux, mais pour débuter, voici quelques lexique et glossaires :

large_135_1287656220_0Un peu de papier et de cinéma…

Si vous voulez aller plus loin encore dans l’immersion, vous n’y couperez pas : il va falloir vous plonger dans de la documentation papier ou cinématographique.

Le site Netmarine.net propose une bibliographie sur la marine de guerre française.

Les illustrations de ce billet proviennent du site de Didier Georget, auteur-illustrateur talentueux qui a notamment travaillé sur La vie à bord de la frégate l’Hermione (superbe album illustré, avec plein de schémas, que je vous conseille fortement si vous vous voulez en apprendre plus sur les conditions de vie des marins de la frégate au XVIIIème).

Le dictionnaire des batailles franco-anglaises de Jean-Claude Castex se révèle particulièrement utile quand on veut en savoir plus sur le déroulé des batailles sur l’eau, schémas tactiques et résumés des actions à l’appui ! Passionnant. 

MAJ du 23 août 2018 – D’autres ouvrages cités par mes contacts :

  • Dictionnaire des marins français d’Etienne Taillemite
  • Dictionnaire de la mer de Jean Merrien
  • Les bateaux de ma bibliothèque de Jean-Benoît Héron
  • L’Âge d’or des cartes marines : Quand l’europe découvrait le monde de Catherine Hofmann, Hélène Richard et Emmanuelle Vagnon

Côté fiction, je peux vous conseiller :

  • La série (roman) des Aventures de Jack Aubrey de Patrick O’Brian (de laquelle a été tirée l’adaptation cinématographique très réussie de Peter Weir, Master and Commander)
  • La série (BD) des Passagers du vent de François Bourgeon
  • Le film Pirates ! de Roman Polanski (pour lequel un vrai-faux galion espagnol du XVIème a été construit)
  • La trilogie (roman) des Pirates de l’Escroc-Griffe, de Jean-Sébastien Guillermou (vous trouverez même un schéma du brick-goélette et un lexique en fin de livre !)

Encore une fois, si vous avez d’autres suggestions de références, je suis preneuse 🙂 Ce billet pourra s’étoffer grâce à vous. Hisse et oh, les matelots !

Personnages : De l’art de choisir un nom

— Hé ! Salut le Blog. Ça te dirait de m’aider un peu ?
— Comme si j’avais vraiment le choix.
— Je dois trouver un nom pour des personnages et j’ai pensé que tu pourrais me faire quelques suggestions, toi qui es toujours animé par un dévouement sans faille à mon égard.
— La bonne blague. Redis moi combien de fois tu m’as invoqué, en ce début d’année ?
— Vois les choses du bon côté : je te donne la parole aujourd’hui, alors profites-en. Et puis, ça te fera une nouvelle occasion de briller avec un billet tout neuf.
— (soupir entendu) Je préférerais ne pas avoir l’impression d’être utilisé comme un tampon jetable. Je suis sûr qu’après ça, tu vas de nouveau disparaître pendant plusieurs mois à cause de l’été.
— Personne ne peut voir l’avenir, pas même toi.
— Détrompe-toi : ça s’appelle l’étude des statistiques web, et je suis plutôt doué en la matière. Bon, ça va, ça va, ne me regarde pas comme ça. Dis moi ce que tu veux entendre, qu’on en finisse !
— (je me frotte les mains) Alors, voilà le plan : j’ai deux nouvelles idées de roman, quelques personnages qui prennent peu à peu forme dans mon esprit, et du coup, j’aurai besoin de les nommer, histoire d’avancer et de ne pas m’emmêler les pinceaux.
— Très bien. Va pour Carotte et Zorro. C’est bon ? Je peux retourner dormir ?
— Pas si vite. Ça pourrait me dépanner, mais euh…D’un, c’est déjà pris, et de deux, ça ne correspond pas vraiment à eux, ces noms là. Ça ne sonne pas « comme » eux.
— En même temps, quand t’es venue au monde, on t’a pas filé un nom qui « correspondait » à ce que tu ressembles aujourd’hui, alors on s’en fiche un peu, non ?
— C’est l’avantage de l’auteur, justement. Il peut choisir un nom pour ses personnages qui fait écho à leur caractère, leurs faiblesses et leurs atouts, leur histoire, leur…
— Ça va, j’ai compris. Commence par me parler d’eux, dans ce cas !
— D’accord. Alors pour le premier, il s’agit d’un (ou une ?) habitant(e) de l’espace qui en a ras la casquette de sa vie et qui veut tout plaquer pour faire le tour de la galaxie…
— Marcel(le) !
— Euh…
— C’est passe partout, bien connu, ça se traduit facilement… Important, ça, de penser à la traduction.
— Moi, ça me fait surtout penser à quelqu’un qui va concourir pour le prix de Miss Barcecue Galactique (pardon pour les Marcel(le) de l’assistance). Ou qui a soixante balais bien tassés.
— Ben justement, ça va lui donner un peu d’épaisseur, parce que pour le moment, ton idée de voyage me parait un peu mince. (En plus, tu plaisantes ou quoi ? Tu veux encore écrire un récit de voyage ? T’en as pas marre, à la longue ?)
— Ce serait un(e) motard(e) dans l’âme. Non, en fait, ce serait son rêve depuis longtemps, mais la vie l’a tenu éloigné de ce rêve, jusqu’au jour où un gars du passé refait surface.
— Mouais. Et ce gars du passé, il refait surface comment ?
— Il…. défonce la station où Marcel(le) vit avec son bolide ?
— Ah tu vois que tu l’aimes bien, ce nom-là !
— C’est juste que c’est pas facile de parler de lui ou d’elle sans la désigner… Mais non, ça ne colle pas du tout avec l’univers. On est dans du space opera, bien loin de la Terre et de notre époque. Marcel(le), ça n’a rien de dépaysant. C’est vu 100 fois. C’est barbant.
— T’es la première te plaindre quand les noms sont tarabiscotés.
— C’est vrai, je vais souvent piocher dans des dictionnaires et je change une lettre, une syllabe, etc. C’est pas l’idéal, mais ça fonctionne bien pour les personnages de second plan… Pour les héros, on peut faire mieux, je trouve.
— Marcello, Mircel et Marceau voyagent tous les trois, pour le meilleur et pour le pire…
Des noms qui commencent et qui sonnent pareil ? Comment veux-tu que le lecteur différencient les personnages ?
— Alors qu’est ce que tu dis de ça : façon space op, je te propose Arakin et Leta, pour accompagner Marcel !!
— L’un ou l’autre, peut-être… (quoique je vois encore beaucoup où tu as pioché ces 2 idées), mais arrête de vouloir intégrer Marcel dans l’équipée. Un nom de personnage, je trouve ça mieux lorsqu’il se fond dans le paysage : si tout le monde autour de lui/elle s’appelle Zorglub ou Vador, tu penses bien que Marcel(le) va détonner.
— Parce qu’il y aura des Zorglub ?
— C’était un exemple…
— Le contraste est pas mal du tout, pourtant : ça apporterait un peu d’humour à ton roman. Ecoute-ça « Zorglub et Marcel(le) partent faire le tour de la galaxie en moto. Ils ne s’aiment pas mais finissent par s’apprécier » (buddy story inside, tu vois le truc ?).
— Je n’accroche toujours pas à Marcel(le), mais tu viens de soulever un point intéressant, Blog…
— Nom d’un pixel mort : un compliment ! C’est que c’est assez rare, dans les parages.
— … Ce qui est intéressant, c’est qu’un nom, ça peut accompagner tout aussi bien la caractérisation d’un personnage, que soutenir l’univers dans lequel il vit, ou refléter l’ambiance générale d’un roman (sombre, naïve, trash, mélancolique, etc).
— Ou bien les trois à la fois !
— Exact.
— Est-ce que ça veut dire que tu adoptes Marcel ?
— File des liens utiles, au lieu de dire des bêtises.
Nathalie Lenoir, scénariste, a écrit un excellent article de synthèse sur le sujet, avec quelques liens vers des bases de données de noms propres. Le moteur de recherche Behind the Name a l’avantage de fournir l’étymologie des prénoms. Il y a aussi GUNoF, un générateur de noms SFFF qui peut aider. Et cet article de 2012 sur the Writer’s digest qui donne quelques conseils : il rappelle notamment le truc de prononcer les noms à voix haute, histoire de vérifier si ça passe bien avec différents accents. Enfin, si ça ne suffit toujours pas, l’inspiration se trouve n’importe où : cinéma, chanson, littérature, même dans la presse ou sur ton palier ! On peut piocher des noms partout.
— Oui alors, pour la voisine, je vais faire gaffe… Elle pourrait porter plainte en se reconnaissant.
— Ça, c’est seulement si elle peut lire un jour un de tes romans, non ?
— (grogne)
— Sinon, il y a toujours la « technique » d’un certain Olivier Gay (qui fait des vidéos drôles sur youtube en plus d’être écrivain).

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A bientôt les loulous ! (et peut-être même pendant juillet-août, n’en déplaise au Blog)