Parce que Le Nôtre doit bien se marrer…

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(Cet article est voué à l’humour)
Nous, les auteurs, il parait qu’on aime bien jouer sur avec les mots et que leurs définitions, même pas peur, on s’en affranchit de temps à autre pour des effets de style.
Même si bon, les définitions, c’est quand même bien de s’y référer quand on écrit. Je suis la reine de l’approximation (j’veux dire, qui peut se targuer d’avoir déjà employé sodomie à la place de lobotomie dans une conversation estudiantine ?) et souvent, quand on me relit, on me pointe le défaut suivant : « euh, t’es sûre que tu voulais dire ça ? parce que ce mot-là, il signifie pas du tout ça, en fait, il veut dire le contraire, voilà voilà, et sinon, tout va bien, tu arrives à publier ? »

Alors, j’essaie de me corriger, d’abord.
Vous allez sans doute me demander ce que vient faire André (Le Nôtre) dans l’histoire. J’y viens.
On range souvent les auteurs (et disons, leur « méthodologie » de création) en deux grandes catégories. Robin Hobb  a proposé il y a quelques temps des intitulés qui sont désormais très utilisés.
D’un côté, il y aurait donc les architectes, ceux qui feraient tout de façon organisée, qui créent trouze mille plans et des billiards de fiches : fiches personnages, fiches univers, fiches séquences, fiches scènes, fiches fiches, etc.
De l’autre, il y aurait les jardiniers, ceux qui feraient euh… ceux qui feraient le contraire des architectes. Pas de plan, pas de fiche, pas d’organisation.

Bon, déjà il faut que je vous avoue que, de manière générale, j’ai du mal avec les catégories. Oui je sais, c’est un peu bizarre cet aveu, d’autant plus quand ça vient d’une documentaliste de métier, mais j’ai vraiment du mal. Je n’aime pas les cases (sauf celles du Monopoly. Surtout les oranges. Si ça vous intéresse, je pourrais faire un prochain billet sur les stratégies au Monopoly, mais ça me prendrait des heures et j’ai 300k signes qui attendent d’être corrigés).
Je n’aime pas les cases, surtout quand on veut mettre des gens dedans.
Par ailleurs, même si j’adore faire des plans, prévoir, anticiper, je me retrouve souvent devant des scènes qui, après écriture, ne ressemblent pas du tout à ce que j’avais prévu et je m’adapte. Du coup, je sais pas trop si je rentre dans l’une ou l’autre des catégories et j’ai envie de dire que c’est tant mieux.

Mais revenons donc aux « architectes » et aux « jardiniers ».
Après une assez longue discussion avec un ami (non arrosée, la discussion. C’est important de le noter), on a fini par conclure que ces appellations ne sont pas très appropriées pour ce qu’elles sont censées représenter.
Sérieusement : Est-ce que vous avez déjà discuté avec un VRAI jardinier ? Je veux dire… Un jardinier, ça passe son temps à anticiper. Le temps qu’il fait, les bonnes saisons pour planter, bouturer, rempoter, les bons moments pour ramasser, arroser, entretenir. Un jardinier, ça prévoit l’agencement de son jardin, ça fait des plans pour pas que le carré de pétunias se fasse bouffer par les fougères, ça organise des chemins, ça trace des allées. Un bon jardinier ne fait jamais sans planifier. JAMAIS.


J’ai donc de la sympathie pour André (Le Nôtre) qui à mon avis, planifiait à mort avant de créer un jardin, et même un jardinet. S’il avait pas fait ça, il aurait sans doute vite perdu son pass VIP pour la cour du Roi, tiens.
Peut-être que Robin Hobb ne jardine pas. Ou qu’elle jardine comme moi, ce qui se limite à acheter une plante en pot et à observer de temps à autre comment elle se débrouille pour survivre sans eau, sans changement de terre, sans rien du tout. (Oui. Ca fait 6 mois et elle n’est toujours pas morte. Je crois que j’ai une plante zombie dans mon salon, d’ailleurs j’ai l’impression de l’entendre gratter la porte de ma chambre en pleine nuit).
En fait, j’aurais même tendance à penser qu’un architecte, c’est vachement plus bordélique en comparaison. Un bon architecte, ça a toujours trois mois de retard minimum sur ses prévisions qui n’en étaient pas vraiment, ça demande quelques dizaines de millions supplémentaires sur le budget parce que ça n’avait pas prévu l’instabilité causée par un terrain meuble (spéciale dédicace à un musée lyonnais), ça s’adapte au fil de la construction et ça change de souvent de direction.
En résumé : côté approximation dans les définitions, je suis battue à plates coutures.

Du coup, après la même interminable discussion, mon ami (celui qui n’est pas imaginaire. Mes amis imaginaires préfèrent en ce moment papoter avec ma plante zombie) et moi-même avons choisi deux nouveaux termes qui, Ô joie, sont sur le thème de ce site 🙂
Pour ceux qui n’aiment pas les plans : les autostoppeurs, ça le fait.
Pour ceux qui aiment les plans : les conducteurs de train, ça voyage aussi.
Sinon, la version anglicisée donnerait globe-trotters ou hitchhikers d’un côté, tour operators de l’autre.

Alors, qu’est-ce vous en dites ?